Marie-Hélène Parant

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Photo MHParant



SKETCH-IN / LE CORRIDOR

Article - Amadouer la technicité
de Simone Dompeyre


      Cacher la liste du matériel nécessaire ou au contraire l’exhiber… revenir à ce  alloué heureusement au Méliès héritier de Houdin et si malencontreusement répétés à l’envi pour le cinéma qui n’y résout pas: la magie.

Ou plutôt un cache-cache à divers niveaux et ce dès le nom donné, et non seulement donner les informations.

En effet le bilinguisme canadien de Marie Hélène Parant donne d’emblée à ce travail, sa propre version de lecture, quand il se plait à l’hapax  «  sketch –in », pour le Français, ce terme prend des allures de jeu de sport mais simultanément il emprunterait à un type  de spectacle de parole, et de corps, court : le sketch, que l’on peut parfois remplacer par « saynète » et que l’on connote souvent de comique, Plus encore, pour cela,  cette désignation entraîne encore  le Français  à se remémorer  ce type de films qui fleurit dans les années soixante et soixante dix, très précisément avec la comédie italienne triomphante et qui engageait, pour une oeuvre collective, autour d’une thématique- souvent la femme, l’amour et souvent adultère- plusieurs cinéastes souvent connus au milieu desquels parfois le nouveau réalisateur à faire découvrir. S’y attendaient le succès sans risque financier mais aussi la déclinaison du cinéma et de ses manières de faire. Parfois ce paramètre induisit un cinéaste seul à cette segmentation ainsi Woody Allen pour Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander ; au titre suffisamment programmatique pour se passer de glose.

      Pourtant la proposition de MHP est loin de répondre à cette désignation ;  s’impose pour comprendre le projet de revenir à la traduction « esquisse » ou comme le réclame Marie Hélène « croquis » même si la main n’y est pas, là, à saisir le mouvement. Et même surtout si ces «  sketch-in »  n’ont rien du brouillon, de la forme vite lancée lors d’un travail préparatoire. Cela se fait se faisant mais sans manque.

En effet, dans la poursuite de cet exercice de langue, se glisse une autre piste ; le « in » prépositionnel, le « dans » est entendu par notre oreille habituée aux formes en « ing » anglo-américaines et elle attend un en train de se faire. Et cette paronomase impromptue rassemble le propos de l’installation, voire corrige ce terme générique d’installation dans ce qu’il aurait de position arrêtée- s’installer.

En effet, l’installation du premier ordre- puisque désormais cette forme d’occupation de l’espace d’exposition s’avère le Modèle de tant de formes artistiques-  gère deux registres d’approches et de préoccupation, l’image en mouvement et l’objet, le sculpté, le socle, l’environnement stabilisateurs.

Cela arrêté autour, dans lequel on s’aventure intègre cela qui file, fuit, se déroule dans la boucle vidéo plus rarement cinématographique à cause- le plus souvent- des questions de fragilité de la pellicule.

L’installation implique que le corps soit penséE, que la pensée déambule, que la pensée marche.

Qu’en est-il de ce sketch -in qui réclame la machine et la cache, qui réclame le calcul long de l’artiste et le cache ?  Qui n’est que par la co-naissance du lieu de l’artiste, par l’artiste. Sa rencontre avec le lieu dont résulte l’écho artistique.

       Il faut d’abord accepter d’oublier cette technologie même si ces termes flirtent parfois avec le poétique de la sortie Firewire aux lumens attendus…

L’artiste doit se faire humble au lieu accueillant … s’adapter à l’esprit de l’espace.

       A Bellegarde, un couloir - même si celui-ci conduit vers l’extérieur- un corridor ; il donne le nom de cette déclinaison de l’œuvre déjà montrée, jamais montrée, puisque précisément adhérant au lieu. Puisque in situ, l’idée déjà est repartie vers Berlin, avant Lisbonne mais toujours déjà une autre.

        Or ce couloir ne mène plus nulle part, du moins ne s’ouvre pas à la géographie du Centre, il attire à cette image que les machines informatiques génèrent.

Selon une programmation/ encore la polysémie- que MH Parant a conçue.

      Avançant vers le fond du couloir, on entend les bruits alentours ou le silence selon le moment de cette intrusion... ce qui engage des manières diverses de rapprochements avec « ce » qui a lieu alors face au corps avançant.

Ainsi  et par ailleurs, la langue joue encore, que fait-on étymologiquement dans un corridor, on court. J’y ai vu courir, reculer, avancer en biais, moduler le pas, esquisser un pas de danse.

Car sur l‘écran qui occulte la parte de sortie, des images se fondent ; elles s’ « agissent ». Formes iconiques ou abstraction très colorée se remplacent ou se superposent et parfois le rien, l’attente du retour de l’image.

Lorsque enfin, poussé(e) par la répétition des couleurs mouvantes, on s’y prête ou plus délibérément s’y donne, la silhouette personnelle s’y distingue…selon les postures, la gestuelle, et leur rapidité ou leur lenteur.

S’y lit aussi un autre composite, le lieu d’origine qui lui-même mixte architecture nouvelle et trace du passé puisque ont été gardés de cet hôtel particulier du XIXe siècle, petit château à tour au centre même de la ville, des sols pavés, des tapisseries de tissu aux murs et des vitraux à certaines de ses baies.

        A travers cette invention là, l’espace devient et vous êtes aussi vous et l’autre en « esquisse/ esquive » puisque traversé (e) par l’héraldique de la fenêtre reprise, la mosaïque du pavé entremêlée.

Vous êtes corps agissant et image agissante du corps ; vous êtes l’acteur et la capture par la caméra, vous déclenchez des propositions, les propositions programmées vous engagent à leur répondre. Le «  jeu » du sketch, le ludique du jeu, mais sans histoire(s). On pourrait  cependant non seulement se plaire à lancer de telles informations nourrissant la machine, mais poursuivre et encore, et encore pris(e) dans ce temps réel et sans tache/ tâche ardue jusqu’à en être aspiré(e) tant la brillance, la joyeuseté rayonnent… et le plaisir de laisser jouer le corps en un lieu policé, organisé.

Revanche le Corridor  ne se fait pas applaudissement programmé au champion informatique, intelligemment il sait que le sans dire ouvre plus largement un espace au(x) sens.

Revanche sur la machine, elle ne produit qu’avec l’humain. Mais cela nous le savions, MH le prouve sereinement en cachant son travail de création de l’image calculée mais dans la poétique de l’inattendu à savoir le corps signifiant.

                           Simone Dompeyre avril 2008